On en parle

LA SAISON QUI DANSE – recension par Marie-Noëlle HOPITAL

La Saison qui danse ou Carnet de zigzags pour Lautrec (éditions FRAction, 2016) 25 €

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LA SAISON QUI DANSE

Roland HALBERT, qui a inventé la « poésique », alliance modulante de poésie et de musique, inaugure, me semble-t-il, la « plastésique », avec son ouvrage sur Henri de Toulouse-Lautrec, magnifique fusion d’art plastique et d’écriture poétique.

Les livres d’art rédigés par de savants historiens, superbement illustrés, ne manquent pas. Mais celui-ci renouvelle totalement le genre, parce qu’il tient à la fois de la biographie, du carnet de notes de lecture, de la poésie en prose et en vers, de la critique artistique, de la correspondance littéraire, et qu’il pulvérise tous ces domaines pour créer un texte d’une originalité radicale, baptisé « haïbun », prose poétique rythmée par des haïkus. L’angle nouveau du livre : aborder le japonisme de Lautrec à travers un haïbun. Toutefois, ce genre japonais est revisité, voire réinventé par l’auteur.

La recherche formelle est ici au service d’un sujet qui suscite une émotion profonde, le portrait d’un peintre, le tracé d’une vie bouleversante. Nous, lecteurs, sommes marqués au fer rouge par la souffrance que le poète nous fait partager, celle du handicap, celle de la laideur (quel destin, pour un artiste ! Lautrec, silène disgracié de la nature : « J’ai une gueule à faire roter la lune ! »)

Celle de l’incompréhension familiale, de la bêtise des critiques, celle de la maladie, de la paralysie, de l’agonie, de la mort même. Sur l’acte de décès, Henri est considéré comme « sans profession », ultime déni de son statut et de son oeuvre.

On pourrait croire l’ouvrage sombre, grinçant, sinistre. Il n’en est rien, car la descente aux enfers, côté face, est l’envers de la jouissance, côté pile. Toulouse-Lautrec a intensément vécu ses 36 années sur la terre, sans préjuger d’un possible prolongement céleste, parmi les fleurs voilières du paradis, suggère l’écrivain. Roland HALBERT incite les lecteurs à suivre l’artiste dans toutes ses ivresses, gustatives, olfactives, sensuelles et sexuelles, à jouir de toutes ses découvertes, dansantes et musicales, liées à la nature et au spectacle du cirque, à la création, à la passion du dessin et des couleurs. Sa gourmandise nous ravit (Ô, Chant du chocolat !). La vigne est célébrée de somptueuse façon, l’alcool est évoqué de manière exaltante :

Le fond de l’air est à boire. Cul-sec ! Bouquet de couleurs en bouche… Régal !

Je soulignerai encore l’humour, et le plaisir de fréquenter les prostituées, sulfureuses fleurs du Mal, d’observer les lesbiennes, leurs passions parallèles.

L’ouvrage, d’une inépuisable richesse, nous fait voyager au Japon, un pays que le peintre n’a jamais parcouru, mais dont son art est imprégné… Magie du génie ! Rimbaud n’avait pas vu la mer lorsqu’il a écrit « Le Bateau ivre », préfiguration de sa destinée.

Un livre d’art, c’est du texte, certes, mais aussi, mais d’abord, de nombreuses images. Et là, surprise, stupeur même ! Roland HALBERT et son éditeur ont frappé un grand coup. Nous pensons connaître Lautrec ; l’affiche de Bruant, la silhouette de Jane Avril nous sont familières ; nous avons vu ses portraits de femmes, mais La Saison qui danse nous montre des reproductions singulières, inconnues du grand public et parfois des spécialistes : croquis d’animaux, esquisses de danseuses… Il faut saluer la quête de documents rares, dessins, photos, tableaux, qui révèlent des facettes inexplorées du talent de l’artiste. Qu’on se rassure, les aspects les plus célèbres du peintre ne sont pas oubliés, de poignantes figures féminines : La Rousse au caraco blanc, la Buveuse s’offrent à notre admiration.

C’est un bonheur absolu de lecture, et de contemplation.

Roland HALBERT a réussi un chef-d’oeuvre. Il est quasi miraculeux qu’un ouvrage aussi documenté, d’une telle érudition, soit également d’une ineffable légèreté. De nombreux écrivains sont convoqués : Baudelaire, Zola, Proust, Nietzsche et bien d’autres ; beaucoup de peintres sont cités : Velázquez, Goya, le Greco, Rembrandt, Uccello, Carpaccio, Van Gogh… sans que cette profusion nuise à l’élan dansant de l’oeuvre, à sa trajectoire fulgurante, en zigzags. Miracle d’équilibre entre l’exubérance littéraire et artistique du texte et la parfaite simplicité du haïku :

Carré botanique –
Une abeille danse autour
d’un fauteuil roulant.

Miracle d’une main extraordinairement véloce, celle d’Henri de Toulouse-Lautrec, dans un corps si peu mobile. Miracle de la trapéziste en couverture, on ne perçoit pas les fils qui retiennent sa chute, elle paraît suspendue dans le vide :

Oiseau migrateur, Attends-moi, j’arrive !
je prends mon bagage d’âme…

Marie-Noëlle HÔPITAL

 

 

À paraître à l’automne 2016 :

ROLAND HALBERT – LA SAISON QUI DANSE OU CARNET DE ZIGZAGS POUR LAUTREC

Souscription LA SAISON QUI DANSE (pdf à imprimer)

SouscriptionLASAISONQUIDANS

Les éditions FRAction lancent une SOUSCRIPTION pour La Saison qui danse de Roland Halbert.
Le livre, sous-titré Carnet de zigzags pour Lautrec, aborde en trente-six étapes – Lautrec vécut 36
années – et sous un angle nouveau la passion du peintre pour le Japon. L’ouvrage, richement illustré
d’oeuvres connues ou de pièces rares de Lautrec mais aussi d’estampes ou de dessins japonais, propose
une approche poétique (haïbun : prose et haïkus) documentée qui séduira les connaisseurs aussi bien
que les amateurs, curieux de belles choses. R. Halbert y fait sien le point de vue oriental :
la peinture est une forme visible de la poésie et la poésie est le sens caché de la peinture.
Description de l’ouvrage : format “à la française” : 21 x 26 cm, couverture à rabats illustrés,
104 pages sur papier couché demi-mat, 42 illustrations en couleurs dont 22 en pleine page.

-> SouscriptionLASAISONQUIDANSE (pdf à imprimer)

 

2014/2015

logoPLOC DE SEMENCE EN ÉVEIL par Marie Népote paru dans PLOC! juin2015

(http://www.100pour100haiku.fr/toutploc_revue.html)

 

Tout est minutieusement pensé dans les publications de Roland Halbert. Les couvertures de ses

deux derniers recueils Petite Pentecôte de haïkus et Le Pollinier sentinelle l’affirment au premier regard. Une

encre, une calligraphie où le mouvement se répète, inversé, tel un oiseau qui s’envole et se pose (le

premier et le dernier poème ne sont-ils pas dédiés chacun à un oiseau ?) jeu repris par la disposition du

fragment d’estampe sur les quatrièmes de couverture, assurant le lien entre les deux ouvrages.

Recherche et réalisation fouillées, où tout est signifiant. Ainsi, la disposition des haïkus de La Petite

Pentecôte mérite un regard aiguisé, dans ce qu’elle révèle et soutient du sens des textes. Lignes arrondies,

tels les cernes du « vieux chêne couché » et du « cadran solaire » ; fusant comme des ailes, celles du

« ventilo en panne » ; verticales comme une cathédrale où s’élever avec « les moineaux de Saint-

François ».

Cette originalité est la seconde signature de l’inventeur qu’est Roland Halbert ; vouloir l’imiter

serait vain, sauf à commettre un plagiat privé de sens. C’est toutefois dans le respect de la tradition

japonaise que se présentent les cinquante haïkus, selon le fil des saisons, sans oublier la cinquième,

chère au pays du Soleil Levant, et que l’auteur développe dans son premier article, dans Le Pollinier

sentinelle. Oiseaux, insectes, végétaux, fleurs, temps météorologique les inspirent… et les maîtres

japonais de souffler à Roland Halbert l’art de la dérision souriante, de l’humour léger, faisant se muer

les langues de feu de la Pentecôte en autant de sourires et d’éclats égayés : Au chant du coucou, / je cherche un sou dans ma poche… / Trouvé un grand trou !

ou encore, bien scandé et musicalement ponctué : Pour seule lumière / sur le chemin de Saint-Jacques, / une ampOule au pied !

L’auteur donne la clé de ses sources dans Le Pollinier sentinelle, avec Ryôkan, Sengaï, Bashô,

Hokusaï, autant de maîtres dont il a fait siens les principes fondamentaux : « patine, légèreté, caractère

cocasse ». Il ne manque pas davantage d’appliquer le principe selon lequel « l’homme se retrouve à

hauteur modeste du brin d’herbe ou le nez humblement dans les branches, face à ses contemporains

que sont les bêtes » (dans Utamaro, résonance du souffle) pour preuve : Sureaux odorants ! / Je suis la cétoine enfouie / au coeur des syllabes.

À l’instar de Balthus dont il dit, dans l’article qu’il lui consacre : « Il ne se déguise pas, ne joue pas

à l’Oriental (genre Loti), ne japonise pas par coquetterie », Roland Halbert inscrit son style avec la plus

grande authenticité dans la tradition japonaise. Peut-on ignorer qu’il a une maîtrise approfondie de leur

langue pour avoir vécu sur le sol de ses maîtres ?

Autre originalité, due au linguiste passionné qu’est l’auteur et que le titre, Petite Pentecôte de haïkus,

laisse pressentir : trouver, en regard de chaque poème, sa traduction en deux langues, faisant entrer dans

les pages anglais, allemand, italien, russe, japonais, latin (qui ose encore penser qu’il s’agit d’une langue

morte ?)… de quoi se croire touché (sauf peut-être pour le russe et le japonais) par la miraculeuse

faculté des saints apôtres ! Dans sa préface, R.H. met le lecteur en garde contre les lieux communs qui

déprécient la traduction. On ne peut qu’acquiescer en constatant combien, ici, chaque traducteur se fait

l’auteur d’une création poétique, puisant dans les ressources de sa langue, pour rendre en finesse, au

moyen de véritables trouvailles littéraires, l’esprit allusif du texte original, choisissant les mots qui

sonneront en belles assonances (The broken clock – Colore dell’angelus ! – Strong smelling melon), selon le

principe de « poésique » cultivé par Roland Halbert. En cela, la traduction apparaît comme un moyen

d’aborder les arcanes du haïku et il est à parier que chacun des traducteurs soit en passe de devenir un

excellent haïkiste. Lire des haïkus… voilà qui ne se pratique pas sans s’imprégner des subtilités de cette poésie

particulière. Écrire des haïkus… voilà qui ne se pratique pas sans se mettre en harmonie avec l’esthétique du

genre.

S’il se refuse à donner une définition à l’emporte-pièce du haïku, Roland Halbert donne les clés

pour les lire et les écrire. Passeur et initiateur de talent, il guide cet apprentissage tout au long des 17

articles dans Le Pollinier sentinelle. Consacrés à des peintres, musiciens, poètes d’époques et d’horizons

géographiques différents, ils trouvent une surprenante unité grâce à la focale du haïku. Que l’on soit

apprenti lecteur ou apprenti haïkiste (est-on autre chose qu’un éternel apprenti dans ce genre ?), ils

constituent une indispensable et véritable initiation, loin des approximations que se permet « la presse

qui… croit bon de nous expliquer avec une compétence aussi empressée que discutable, ce qu’est ce

« poème mineur »(sic). » lit-on dans l’article à propos de T. Tranströmer, et Roland Halbert d’affirmer

« Pour le haïkiste, la position la plus juste n’est pas de démontrer, mais tout simplement de montrer. » (La

voix de la source : Georges Bogey). Aucune déclaration pontifiante dans ces relations où chaque artiste est

approché à travers son art, la voix de chacun permettant à R.H. de glisser les principes clés, de faire

saisir, par les exemples qu’offrent les particularités de chacun, les éléments fondateurs pour l’écriture du

haïku. « La première chose à faire est de s’oublier », dit Balthus ; Max Jacob « Enlève l’eau que tu as

dans l’esprit » et surtout « Trouvez votre coeur et changez-le en encrier. »

S’il sait se montrer discret, le maître Roland Halbert n’en est pas pour autant complaisant. Ses

commentaires secouent, les habitués de la contemplation du nombril n’ont qu’à revoir leur point de

mire puisque « un haïku réussi perce la bedaine de l’ego aussi sûrement que la pointe d’un canif. »

affirme-t-il. Lui-même montre le chemin de l’humilité dans l’autodérision qu’il exerce avec pertinence et

impertinence mais justesse :

Hiver bien trop long… / J’envisage le mariage / avec ma chaudière !

Piqué par / un frelon asiatique, / mon haïku enfle du pied !

À l’invite de Jean Follain, cité par R.H. dans l’article à son propos, « prenons le temps de tout

compter/et de lire l’écriture fine. » et notons dans ce dernier poème, ajoutées au choix grandissant des

caractères, les syllabes « en trop » de l’heptasyllabe placé à la fin – la forme, une fois encore, soutient le

fond. Haïkiste-maître ou maître-haïkiste, R.H. illustre son affirmation et montre plutôt qu’il ne démontre.

De même, il montre, en les inventant, des formes innovantes telles que le « haïbun-critique » avec

Balthus, l’oeil des saisons, en mêlant des haïkus à la prose ; telles que la « poésie-critique » avec Bashô, le fou

de poésie et La Taupe et l’Aigle : Tomas Tranströmer.

De toute évidence, R.H. suit le conseil de Max Jacob et fait de son coeur un encrier en écrivant

avec une sensibilité à fleur de mots ces lignes qui achèvent L’idéal du haïku, Jean Follain :

« Il n’y a pas à dire : les poètes demeurent. Ils demeurent à jamais les seuls Rois mages du Verbe et de la vie. »

Par bonheur, les éditions FRAction contribuent à ce que « les poètes demeurent » en publiant des

ouvrages de haute tenue, dont les dos colorés forment une belle collection. Que ces lignes adressées à

Jean Follain se fondent à vous, Roland Halbert, poète, passeur, éveilleur, initiateur que vous êtes dans le

partage de votre talent.

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Petite Pentecôte de haïkus & Le Pollinier sentinelle

de Roland Halbert aux éditions FRAction 2014 – prix 34 €

 

(titres non vendus séparément)

www.fraction–international.com

 

 

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A propos de nos nouveautés 2014

Note de lecture (poésie) Pierre TANGUY pour Recours au poème.

Roland Halbert : Petite Pentecôte de haïkus 

 

En titrant son nouveau recueil Petite Pentecôte de haïkus, le Nantais Roland Halbert fait implicitement référence à un célèbre passage des Evangiles. Les apôtres, réunis après la mort du Christ, reçoivent le don de l’Esprit saint sous la forme de langues de feu qui se posent au-dessus de leurs têtes. Ce souffle divin leur donne la possibilité de s’exprimer en plusieurs langues.

‘3Cp align= »JUSTIFY »>Quel lien, direz-vous, avec le haïku ? « Tout poète, répond Roland Halbert, et encore plus tout haïkiste, ne devrait-il pas méditer ces lignes énigmatiques, s’interroger sur ce souffle de feu dans son surgissement ? » Ajoutant même que la langue japonaise, pour dire « climat », parle de « souffle du ciel ».

Pour demeurer dans « l’esprit » de la Pentecôte, le poète nous présente cinquante haïkus (cinquante comme les cinquante jours qui séparent Pâques de la Pentecôte) et nous les donne à lire en sept langues différentes : trois langues « pivots » (le français, l’anglais, le latin) auxquelles s’ajoutent, ponctuellement, l’italien, le russe, l’allemand et le japonais.

On pourrait croire le haïku judéo-christianisé. Il n’en est rien. Roland Halbert reste fidèle à ce qui fait le fond du haïku dans son essence extrême-orientale : le recours au mot de saison, son charme allusif, sa pointe d’humour. « Graffiti de l’instant qui fait l’éloge de la lenteur », note le poète, mais toujours à l’écoute du souffle de la vie. Et puisque la Pentecôte est une fête, Roland Halbert s’emploie à faire danser ses haïkus en leur donnant des allures de partition musicale ou en les faisant « exploser », en tous les sens, au cœur de la page. Il est, en cela, fidèle à cette conception « poésique » du haïku (alliance du poème et de la musique) qu’il a mis en pratique dans de précédents recueils. Extraits.

Printemps : « Entrant en douceur

par mon vasistas,

la bouffée de lilas blanc  !»

Eté : « Vague de chaleur –

Je me glisse à l’ombre

bleue de la libellule. »

Automne : « Marée d’équinoxe –

La puce de sable saute

entre tes deux seins. »

Hiver : « Bien emmitouflé

dans la fourrure de mon chat,

j’attends le redoux. »

Nouvel An : « Ascenseur cassé –

Moins de souffle à chaque marche

pour dire : « Bonne année ! »

Le Pollinier sentinelle 

Roland Halbert est fou de haïku. « Trop souvent, écrit-il, on le prend pour un facile « programme court », un étrange amuse-gueule ou une curieuse commode exotique à trois tiroirs ». Alors, dans un livre (Le Pollinier sentinelle) qu’il publie, parallèlement, sur l’art du haïku, il convoque les grands auteurs qui l’ont fait vibrer, à commencer par le maître Bashô et le moine errant Ryôkan. Mais il y a plus, en encore mieux, quand Roland Halbert se met à sonder l’écriture de quelques grands écrivains, y décelant l’esprit du haïku. Ainsi Richard Brautigan dont il salue le Journal japonais. « Calme/juste quelques passants/pas de vent », écrit l’écrivain américain. « Un bout de poivron vert tombe/hors du saladier en bois:/ et alors ? »

Chez les auteurs français, Roland Halbert se tourne vers Jean Follain et reprend à son compte l’affirmation de Philippe Jaccottet à propos de la poésie de l’auteur normand : « Elle est la seule peut-être qui m’ait paru rejoindre aujourd’hui, en France, l’idéal du haïku ». Ainsi ces vers de Follain cités par Roland Halbert : « La bête un peu alarmée/qui boit du lait sous la lune/avec un bruit si léger. »

Mais là où l’on s’attend le moins à trouver l’esprit du haïku, c’est bien dans l’œuvre de Max Jacob. Et pourtant ! Roland Halbert l’a déniché dans les « étroits poèmes » (comme les qualifie lui-même le poète quimpérois) du Cornet à dés II. « Fluidité d’impression, rapidité de tempo, flash de consonances », note Roland Halbert à propos de ces mots de Max Jacob : « Un cerf en bois,/ un serpent boa/la terre embaume. »

L’esprit du haïku, en définitive, se diffuse comme le pollen. Halbert s’en réjouit et fait un habile rapprochement avec le « pollinier sentinelle » du Jardin des Plantes de Nantes (qui donne le titre à son essai) où sont étudiées les émissions de pollen et leurs « flux saisonniers ».

Pierre TANGUY

pour Recours au poème.

 

Petite Pentecôte de haïkus, 50 haïkus en 7 langues, Roland Halbert, éditions multilingues FRAction, 125 pages, 17 euros.

Le Pollinier sentinelle, 17 articles sur l’art du haïku, Roland Halbert, éditions multilingues FRAction, 89 pages, 17 euros.

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TARN LIBRE du vendredi 30 mai article par Hervé Rougier

ROLAND HALBERT
PETITE PENTECOTE DE HAIKUS, 50 poèmes en 7 langues

Ici ou là, en Albigeois, demeurent des fervents de haïkus, se délectant à cet art subtil que les poètes japonais au cours des siècles ont cultivé. Or, voici qu’un poète de Nantes, Roland Halbert, qui séjourne volontiers à Albi – cette tant belle ville ! – offre à ses lecteurs une cinquantaine de haïkus en 7 langues, qu’il a intitulés Petite Pentecôte de haïkus, gouttes de rosée. Roland est plus qu’un disciple de Matsuo Bashô, le célèbre poète qui vécut de 1644 à 1694, grand voyageur à pied. Il a su assimiler le nectar de ce poète vagabond et lui a donné le meilleur de lui-même. Écoutons dans le ravissement ce haïku :

Avec les beaux jours,
je me remets à la flûte…
Un merle est mon maître !

Cela signifie joie et liesse, à l’unisson avec la nature. Un autre exemple :

Ma femme au jardin
regarde monter les sèves… Phases de la lune.

Que d’idées et de sensations suggérées en si peu de mots ! Tout y est dit, évoqué à la manière d’une devinette ; les sensations se mêlent, s’engendrent au choix de l’harmonie des mots. Fraîcheur de l’ombre estivale :

Vague de chaleur !
Je me glisse à l’ombre bleue
de la libellule.

Par une journée torride, le voyageur s’est reposé au bord d’un étang. Apparaît une libellule. Sous l’ombre de ses ailes, que la vie est bonne ! Roland écrit avec une pointe de diamant.
Un deuxième recueil, Le Pollinier sentinelle, 17 articles sur l’art du haïku, accompagne Petite Pentecôte de haïkus. Le duo a paru aux Éditions Multilingues FRAction, 20, avenue François-Verdier, 81000 Albi. Tél : 06.62.57.59.

 

PRESSEpluie et du beau temps

 

 De la pluie et du beau temps

Gavé d’alexandrins, de métriques pléthoriques et de rhétorique claironnante, l’esprit occidental reste parfois désemparé face au haïku. Cet art de la concision, de l’évanescence apparaît trop souvent, pour un esprit superficiel, comme un exercice mineur et frustrant.

Presse-Océan Frank Redois De la pluie et du beau temps

Le poète Roland Halbert (Photo Frank Redois) 

Prenant sa plus belle plume, le très nantais Roland Halbert, haïkiste réputé si l’en est, entend rendre justice – non sans humour – à cet art majuscule. Sortant conjointement deux plaquettes : une compilation de critiques et un recueil de poèmes, il démontre, par l’analyse et l’exemple, à quel point ces courtes poésies savent aller à l’essentiel.

Savoir dire le monde et l’instant en quelques syllabes, en évoquant le temps ou le spectacle de l’humble nature, exigerait en effet un effacement de soi et une présence à la vie dignes d’un peintre et d’un philosophe.

Le Pollinier sentinelle et Petite Pentecôte de haïkus, éd. Fraction : 34 €. L’auteur signera ses ouvrages à la galerie Arts Pluriels, 4 rue Fénelon, le samedi 24 mai de 14 à 19 h.

Frank Redois

 

(Nantes, JEUDI 22 MAI 2014)

 

 

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Maurice Maréchal Un violoncelle parle
A l’heure où les Eurosceptiques de tous genres s’acharnent sur les dysfonctionnements de l’Union et de la pertinence de ses directives, il conviendrait de rappeler combien les artistes mobilisés en août 1914, face au suicide du vieux continent, ne cessèrent de croire à l’Europe de la Culture et à l’échange des belles choses entre les pays jadis belligérants. En cette année du centenaire de la Grande Guerre, celle qui ne devait durer que quelques mois, Maurice Maréchal nous révèle dans ce roman épistolaire que la paix se crée, comme une œuvre d’art. Dans le feu de l’action,  le violoncelliste fait œuvre de bon soldat, nourrit ses goûts littéraires, se produit en quatuor,  raisonne en philosophe, tient un journal intime, et rassure ses parents quotidiennement. Ses lettres devraient laisser les facebookistes et les twitteriens de nos jours admiratifs.

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Maurice Maréchal, quel musicien ou amateur de musique pourrait ignorer ce nom prestigieux ? Le grand public, lui-même, connaît l’histoire étonnante du « Poilu », ce violoncelle de guerre fabriqué par deux menuisiers dans une caisse de munitions, que Maréchal joua pendant plusieurs mois, lors des concerts donnés durant les périodes de repos.
Moins connues que sa brillante carrière de violoncelliste, les années de jeunesse et surtout celles de la guerre se révèlent au grand jour dans sa correspondance avec sa mère. Du concours d’entrée au Conservatoire de Paris en 1907 à la démobilisation en 1919, les lettres permettent de voir le cheminement de l’enfant à l’homme, mais aussi d’observer le jeune soldat dans ses paradoxes profonds : à la fois « p’tit nenfant de sa maman », comme il écrit lui-même, et combattant déterminé, ne se cachant ni ses peurs ni ses rancœurs, souvent poète autant que musicien,  perpétuellement amoureux de femmes lointaines ou seulement d’images féminines ; dans tous les cas, un être infiniment attachant.

La publication de cette correspondance (Editions FRAction Multilingues, Albi) vient compléter celle, en 2005, de ses carnets de guerre, découverts par sa fille peu après sa mort (Deux Musiciens dans la Grande Guerre, Paris, Tallandier-Radio France, 2005, édition et introduction de Luc Durosoir). Les lettres de Maréchal à sa mère (édition réalisée par Luc Durosoir) sont introduites par trois témoignages exceptionnels : hommages d’Alain Meunier et de Jean Deplace à leur maître et préface d’Emmanuelle Bertrand. De plus, un CD Audio est offert comportant la Sonate N°1 pourvioloncelle et piano de Claude Debussy que Maurice  Maréchal découvrit au front, tout juste apporté par  André Caplet au retour de Paris ; interprétée par Alain Meunier violoncelle & Anne Le Bozec piano.

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Ce drôle d’oiseau qui chante des poèmes – Nantes, mardi 18 juin 2013 Ouest-France

Le Nantais Roland Halbert publie deux ouvrages consacrés aux oiseaux dans la tradition du poème japonais court.

Entretien

Roland Halbert, auteur et poète devant le temple de Minerve à Assise.

Roland Halbert, auteur et poète devant le temple de Minerve à Assise.

Quel est le projet commun de ces deux livres ?
Le projet littéraire de ces deux ouvrages, Le Parloir aux oiseaux et La Becquée du haïku, est de centrer le propos poétique sur les oiseaux, nos plus grands maîtres de chant. Pas les oiseaux du genre « cui-cui » ni fleur bleue, mais les oiseaux au sens où la poésie tient de l’oiseau, comme l’écrit Victor Hugo. Car tout le secret des choses tient dans le chant d’un oiseau, pour citer un autre écrivain : Thoreau. De ce point de vue, les deux livres se répondent comme deux oiseaux sur le fil du chant poétique.

Et bien entendu, saint François d’Assise ?
Oui, puisque nul n’ignore que François d’Assise a parlé aux oiseaux (voir les cinq reproductions en couleur de « la Prédication aux oiseaux » qui illustrent l’ouvrage). Mais on ignore ce que les oiseaux lui ont répondu ! Dans Le Parloir aux oiseaux, j’ai tenté de leur donner la parole sur un mode humoristique et spirituel.

Y a-t-il un point commun entre le poème japonais haïku et vos chantefables ?
Chantefable et haïku sont, l’une et l’autre, des genres poétiques mal connus (et galvaudé en ce qui concerne le haïku !). Ce qui m’intéresse, c’est de renouveler ces genres en leur apportant une forme nouvelle (la « chantelettre ») et un souffle nouveau. J’ai appris le japonais et j’ai donné à mes haïkus des configurations particulières de l’ordre du calligramme et de la portée musicale : disposition en gamme ascendante ou descendante, en « chapeau », en demi-cercle, en « assiette », en ligne verticale (à la japonaise)…
Et qu’est-ce que la chantelettre ?
Comme son nom l’indique, elle se veut une lettre chantante, rythmée et pleine de swing. D’ailleurs, ces cinq « chantelettres » se présentent au lecteur comme de véritables partitions musicales contemporaines. D’ailleurs, je suis heureux que trois compositeurs d’aujourd’hui (Lucien Guérinel, Olivier Kaspar et Jean-René Combes-Damiens) s’intéressent à ma poésique et travaillent à la mettre en musique.

Roland Halbert : La Becquée du haïku (15 €) et Le Parloir aux oiseaux (20 €).
Éditions Multilingues Fractions, Albi.
Propos recueillis par Daniel Morvan

 

 

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VIENT DE PARAÎTRE (le Tarn Libre, 21/06/2013)

« Le Parloir aux oiseaux »de Roland Halbert

De page en page, Roland Hal­bert – poète d’âme franciscaine – suspend ses brefs poèmes à l’imitation de la cordelière à trois noeuds qui resserre la robe de bure des frères de saint François. Du pauvre d’Assise il retransmet la voix, une « voix pleine, dit-il, de pollens fer­vents » mêlée aux chants d’oi­seaux de tous les pays : le mes­sage de saint François, message d’amour universel. Les corde­lières de Roland se détachent en segments comme pour mettre en relief les mots dits, ils viennent du coeur, des fer­veurs. Que de sources ont jailli de la rencontre du poète et des musiciens compositeurs avec le Poverello ! Roland d’évoquer Francis Jammes, Joseph Delteil, Olivier Messiaen, que sa mère, la poétesse Cécile se disait belle d’être aimée, s’est réjouie de mettre au monde cet en­fant: L’Âme en bourgeon (poèmes de 1908). Le Parloir aux oiseaux prolonge l’admira­ble Roman du lièvre de Francis Jammes qu’au cours de trois nuits d’éveil, l’abbé Comber, Cantalausa, a transvasé d’une langue poétique en une autre, l’occitan, fleur d’or. Roland a pris place dans une grande chaîne d’alliance. Notes et images de son chant s’ajou­tent à la louange ininterrom­pue de l’existence, telle que la concevait saint François. Le poète va jusqu’à inventer un proverbe riche de sens: À la Saint-François (le 4 octobre) l’oiseau reprend voix. Syllabes bénéfiques, « nichoir de joie ».

Hervé ROUGIER

L’ouvrage a paru aux Editions Multilingues FRAction, 20, ave­nue François Verdier, 81000 Albi. Tel: 0662575949; www. fraction-international.com. Prix:20 E.

le Tarn Libre, 21/06/2013

le Tarn Libre, 21/06/2013


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Cher Roland,

Je lis Le Parloir aux oiseaux, recueilli, ravi, ébloui.
Tu es un grand, un très grand poète
– pour moi, le meilleur aujourd’hui –
et non seulement aujourd’hui.

Je m’arrête, stupéfait, devant des images qui naissent de tes mots,
des images qui ne peuvent être parcourues, explorées,
qu’en ayant goûté une parcelle d’éternité.

Alors, justement, François que tu convoques joue les passeurs.
C’est magnifique !
Quel voyage, quel bonheur !

Merci, cher Roland,
du fond du coeur,
merci pour la beauté,
merci pour la poésie,
tu la grandis,
tu la conduis vers les temps futurs.

Bien à toi,
Jean-Joseph Julaud

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Je suis très intimidée à l’heure de vous féliciter
et de vous remercier pour tous ces merveilleux oiseaux.

J’ai vraiment apprécié les textes que vous m’avez communiqués à leur sujet,
je suis, hélas,  incapable de m’exprimer comme leurs auteurs,
sauf à dire que ces deux recueils sont des merveilles,
qu’avec eux, on entre dans un monde de beauté, de finesse et de grâce
et que vous atteignez d’extraordinaires sommets.

Je serai fière de dire, au prochain Café littéraire du 30 mai,
que ces livres sont mon « coup de cœur « 
et que je suis très impressionnée.

Bravo mille fois bravo ! Et merci.

Catherine Decours

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Recension de Claude Serreau

Voilà bien un livre qui devrait faire quelque bruit chez les pontifes parisiens, si tant est qu’il
leur parvienne ! En effet, Roland Halbert et les éditions Fraction, avec Le Parloir aux oiseaux,
atteignent là le niveau des meilleures publications du domaine poétique de ces dernières années,
ce que les précédentes publications pouvaient aisément laisser pressentir, et que renforce,
paraissant conjointement, La Becquée du haïku, vingt-cinq poèmes avec oiseaux par ce spécialiste
reconnu de l’expression orientale, lesquels comportent sur la page opposée une traduction en
anglais par Gérald Honigsblum : Oiseau cantonnier / à la gorge rouge orange / donne-moi du feu ! Le tout
avec une qualité d’impression et une iconographie remarquables à l’égal de la mise en page de ces
deux recueils, qu’il s’agisse de portées musicales, d’idéogrammes japonais ou autres signes
cabalistiques, du moins pour le profane qui pourrait bien y perdre son latin – quand latin il y a –
ainsi que son vieux « françois » !

Alors, est-ce bien encore de la poésie dont nous parlons ? Eh bien, cher lecteur, nous entrons
ici en « poésique », néologisme précédemment usité par l’auteur, poète et musicien, qui a su créer
à son usage cette « parlance » s’adaptant parfaitement à son propos et chantournée avec maestria
pour nous introduire dans ce « parloir » dont nous ne sortirons pas indemnes. Un livre étonnant
dans tous les sens du terme et détonant, érudit et familier dans ses rencontres, iconoclaste et
louangeur à la fois, la démonstration éclatante de ce à quoi peut aboutir le talent conjuguant les
mots et les sons : Voici, voilà, / lecteur bénévole /-vole /-vole, / toute une volière / aussi attentive / qu’un
orphelinat de flûtes / sous le charme / d’un nouvel Orphée, / rapiécé de passereaux / et de paradis !

Roland Halbert est devenu ce maître-ès-poésique, cet art particulier dans le quel se glissent une
sensibilité, un ressenti à lui seul échus, à l’image de ce Poverello d’Assise qui sacrifia tout aux
déshérités.

Vous aurez noté cinq « chantelettres » et non chantefables, placées sous l’égide de Dante,
Claudel, Jammes, Fréchette et Rilke puisque, auteur cultivé et médiéviste averti, il sait que de
l’enluminure à la lettre adressée ou au livre dressé comme une stèle-hommage, il n’y a que le mot,
les mots avec lesquels il joue – au sens ludique et musical –, du lexique musicographique à
l’onomatopée façon aztèque, à l’interprétation du langage oiselier comme Clément
Janequin : Paies-tu / Un pot, / Tonton ? Paies-tu / Un pot, / Tonton, / Dis ? (le pigeon ramier), donc
de Janequin à Messiaen, tissant ainsi matière sonore, sans doute un opéra-rock en écho au Saint
François d’Assise du compositeur (qui notait, lui aussi, les chants d’oiseaux), n’omettant rien des
cinq représentations picturales de « La Prédication aux oiseaux » des maîtres italiens d’avant la
Renaissance, donnant à voir et à entendre, glissant de la prose rythmée au haïku et au slam,
toujours évoquant, invoquant son frère François au long de ses pérégrinations à Assise et
alentour dans les cinq hauts lieux de l’Italie franciscaine pendant les cinq années (encore le
nombre cinq !) que cette quête lui a demandé.

Un voyage étourdissant de connaissances et de reconnaissance disséminées à travers ces
pages, où la disposition typographique aérée – difficile à reproduire ici – donne aux textes l’envol
qui sied à la gent ailée et à la rêverie poétique. De la citation classique au vocabulaire informatique
en passant par le parler rural des Mauges natales du poète, le lecteur se trouve happé par cette
sorte de dévotion frénétique en toute fraternité, aussi bien avec le va-nu-pied à la robe de bure
qu’avec l’homme Halbert présent et souffrant, comme lui en oisellerie, en sorcellerie, devrait-on
dire (il y est même fait appel au « chaman » Jim Harrison), tant le miracle de l’expression est
subjuguant, mais n’oublie jamais le terre-à-terre, tel que le rappellent en bas de page les requêtes
dysorthographiques des abandonnés de nos rues. Dans cette Babel ornithologique, cette Bible
aux multiples langues (Babel n’est pas si loin de Bible !), le poète se meut, reprend souffle, se
recueille, accueille et reçoit ce don du silence qui lui ouvre l’écoute du monde, dans celui qui vit
haut dans les airs ou à ras de terre, y mêlant son chant au gré de son pèlerinage et des vocables
suggérés par sa « mimologie », ses harmonies imitatives, dans une symbolique universelle avec
pour acmé cette vignette d’actualité saisissante, résumant tout comme dans un procédé
cinématographique (il est bien question de scénario) ou comme dans une symphonie, une
cadence parfaite.

Ainsi, Roland Halbert dont le Blues pour Cadou portait déjà la marque d’une personnalité
littéraire hors norme – ce « son » différent revendiqué en épigraphe –, confirme et affirme que sa
propre polyphonie a sa place dans ce concert céleste où le poète écrit sa partition unique, puisque
selon H. D. Thoreau : « Tout le secret des choses tient dans le chant d’un oiseau. » Et c’est
évident, il lui sera beaucoup pardonné comme il le demande à frère François :
Pardon / si, avec mes vers boiteux / et mes syllabes friables / comme des appeaux / j’ai bâti ta chapelle / à demi bancale. / Que ceux / qui aiment / le swing / me suivent / et dansent !

Claude Serreau